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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 10:32

Dimanche 4 octobre, quelque part entre Barjols et Fox-Amphoux et quelques minutes avant 8h00. J'ai laissé ma Logan sur la grande place de Barjols, au milieu des tréteaux et calicots de la foire à la brocante. Il fait 12°, cette journée d'automne s'annonce belle, mais pour l'instant, il y a encore des nappes de brouillard qui ouatent la campagne. L'humidité est forte : des perles de rosée s'échappent des arbres et viennent percuter mon casque. Une évidente question se pose : qu'est-ce que je fous là ?

Dans le Paris-Brest-Paris 1991, parcouru avec mes amis Michel A. et Van Wervein, dans l'enceinte d'un contrôle (je ne sais plus où, mais au petit matin), Michel m'a sorti une remarque que je n'ai jamais oubliée, à propos d'un cyclo bien vieux et très fatigué qui errait devant nous comme un zombi : "si tu me vois dans un Paris-Brest, à cet age et dans cet état, je t'autorise à m'abattre". C'est de l'humour normand, donc par moi compréhensible, mais c'est aussi une affirmation brutale qu'il existe des limites. Tout le problème est : où, quand et comment les voir ?
18 ans plus tard, je suis arrivé à l'age où l'on se penche sur son passé, très prudemment bien sûr, à cause de l'arthrite et des rhumatismes. Donc, quand je considère mon "palmarès" de cyclotouriste apparemment assez fourni, bien que je ne sois pas porté à l'auto-flagellation, je n'y vois qu'un gruyère de plus ou moins menus renoncements. Par exemple (et c'est une réponse à la question "qu'est-ce que je fous là ?"), je suis passé 50 fois sur la route de La Palud-sur-Verdon, pourtant, jamais l'envie ne m'est venue de tourner à gauche après l'auberge des Crêtes, pour prendre vers l'est la route du même nom. Il est vrai que ce carrefour propose une alternative presque caricaturale, vous allez tout droit et vous arrivez à La Palud en 1 km de faible montée, vous tournez à gauche et vous affrontez une rude montée de 5 bornes, dont 4 à vraissemblablement 9%, qui vous amènent à 1320 m avant de redescendre... plus bas que La Palud. Mais c'est aussi 22 km agrémentés de belvédères sublimes, encore plus impressionnants que ceux de l'autre rive.
Evidemment, j'aurais pu sortir le vélo du coffre à La Palud pour m'offrir une acension sifflotante, avec assez de place dans mes narines pour y mettre mes doigts, mais, je ne sais pas si je viole le 7ème commandement de vélocio, mon amour-propre (tant pis pour lui, c'est sa faute) m'a commandé de faire un boucle vraiment complète des Gorges du Verdon et de l'inclure dans une randonnée digne de l'age d'or du club.

Voilà pourquoi je suis là ce matin, roulant vers Aups pour affronter, en guise d'échauffement, le tout nouveau col de la Bigue (785 m). La montée qui, d'Aups, permet d'accéder au lac Sainte-Croix existe depuis la nuit des temps, mais le panneau, je vous le jure, est tout récent. Les spécialistes des 100 cols me diront s'il faut regravir un col avec la présence du panneau pour se l'attribuer.
La suite est bien connue de mes camarades du club : Aiguines, la montée courtoise mais ferme du col de Vaumale (1201 m), la succession de descentes, bosses et balcons, et constamment, le plaisir des yeux. Soucieux d'arriver à La Palud (au fameux carrefour) à l'heure du repas, je néglige les arrêts contemplatifs et photographiques. Je fais quand même une pause pain d'épice au tunnel du Fayet.

Après, c'est dit, je ne m'arrête plus avant la pause de midi, sauf pour enlever mon blouson quand j'aurai enfin chaud.
La circulation,assez faible, ne me gâte pas mon plaisir. Je croise peu de cyclos. Et tout d'un coup, beaucoup de monde. Je passe le pont sur L'Artuby comme si c'était un jour de marché. En fait, la seule boutique est un dispositif lourd de saut à l'élastique. Je ne sais si le spectacle est sponsorisé par Orange. En tout cas, je passe mon chemin, je n'ai aucun goût pour ces pseudo-suicides. La bosse de Saint-Maïmes (1001 m) ne me pose pas de problème, je suis dans les temps pour ne pas manger à Trigance, haut-lieu des agapes clubiques.
A Pont-de-Soleils, je suis redescendu au niveau du Verdon fluo. Je ne suis plus très loin de La Palud, et j'enlève enfin mon blouson ! Encore 2 bosses (la dernière, bien exposée au vent d'ouet) et, à 12h30, je parviens à l'endroit fatidique, la croisée des chemins. L'auberge des crêtes est vide de client mais ouverte. Mes compteurs m'indiquent 99 km et 2170 m de dénivelée ; ne vous en déplaise, j'ai mérité un restau et une longue pause d'une heure. Je m'installe sur la terrasse, au soleil, mais aussi un peu au vent.

Je n'ai pas craqué, j'ai pris la décision vertueuse, encouragé par 2 km plutôt descendants. Evidemment, peu après, cela se gâte. Vous comprendrez mieux en étudiant la carte et le profil ci-dessous :













Personnellement, j'estime que le morceau dificile se situe entre les km 3,5 et 7, du belvédère de Trescaïre à celui de la Dent d'Aïre. En tout cas, c'est là que j'ai mis le 30x26 et que je me suis traîné. A la dent d'Aïre, il y avait un comité d'accueil, un couple de cyclos probablement étrangers et un touriste motorisé qui les abreuvait de conseils... cyclistes. Je me suis écarté, un peu gêné, pour prendre des photos. Le couple est reparti avant moi. Quand je les ai rattrappés, la dame, très essoufflée ne m'a rien dit, mais le monsieur m'a dit "ponne roude". En échange, j'ai essayé de le réconforter avec des infos altimétriques rassurantes.
En descente comme en montée, les belvédères méritent pleinement leur nom, comme ne le montrent pas assez les photos merdiques de mon portable.




















Du haut de ces falaises, Il ne me reste plus que 80 km a accomplir. Le vent n'est pas favorable mais les Gorges Profondes vont me rendre leur dénivelée. Je suis optimiste.


Il est 15h05 quand je prends cette photo de la fontaine la plus haute.
Le vent d'ouest me contrarie quelque peu pour sortir de La Palud et franchir le col d'Ayen (1032 m). Avant de retrouver le tronçon de route de l'aller, je passe le pont à l'entrée des Gorges. C'est là que l'eau verte du Verdon devient turquoise et c'est là aussi que je retrouve une circulation plus intense.
Dans le revers de la Bigue, je rejoins un cyclo dont la progression me paraît de plus en plus surprenante, au fur et à mesure que je m'approche. Il lance son vélo à doite puis à gauche, à chaque coup de pédale, ce qui le fait zigzaguer sur une bande de près d'un mètre de largeur. Je comprends qu'il ne s'agit pas d'une lubie ou d'un coup de fatigue, mais sans doute d'un problème moteur. Je lui dis bonjour en passant et il me répond très aimablement. Cette étrange rencontre me touche et me confirme que le vélo est bon. Elle est aussi un signe qu'il ne faut pas trop penser aux limites.
A la sortie d'Aups, je prends à doite vers Pontévès. Comme prévu, je prends en pleine figure le vent d'Ouest, mais je suis toujours dans la redescente. J'enroule quand je peux.
18h00, la foire à la brocante de Barjols bat son plein. L'entrée du parking central est fermée. Heureusement pour moi, ce n'est pas le cas de la sortie.
Je n'ai plus qu'à remballer, me changer et m'insinuer dans le reflux motorisé dominical. Beaucoup de bouchons en perspective. Que m'importe, je suis bien dans ma fatigue.
















(*) PRS 11

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Publié par Daniel
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olivier 07/10/2009 23:17


Salut la compagnie bleue

A faire ce tour en voiture, je m'étais dit, depuis Marseille, ça doit être possbile.
N'est il pas ? Marseille Barjols et retour fait 140 kms, avec cette belle boucle en plus, cela fait un très beau challenge.

En voici un autre de challenge, je me demande d'où il vient et comment ai je pu me mettre ça en tête. Dix jours après, les frissons me parcourent encore le dos à la simple évocation de son nom. PBP
evoque un grand WE de liberté, ce challenge là me procure un sentiment de peur, et je ne n'arrive pas à dominer ce sentiment. Pourtant c'est passé.
2010 sera, sans doute, un nouveau départ.
Voici pour 2009 : Le millau du coeur et des
larmes


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